Le Ricard titre à 45 % vol., ce qui en fait l’un des spiritueux les plus concentrés servis en apéritif courant. La glycyrrhizine issue de la réglisse présente dans sa composition ajoute un risque cardiovasculaire propre, mais les données de toxicovigilance française placent ce risque loin derrière celui de l’alcool pur. Dissocier les deux permet de mieux évaluer le danger réel d’une consommation régulière.
Métabolisme hépatique du Ricard : la charge alcoolique prime sur la réglisse
Un verre de Ricard servi au standard bar (2 cl de pastis, complétés d’eau) apporte une quantité d’alcool pur comparable à celle d’un demi de bière ou d’un verre de vin. Mais la pratique réelle s’écarte souvent de ce dosage : verres remplis à l’œil, glaçons qui fondent et incitent à resservir, consommation prolongée en terrasse.
Lire également : Ialuset avis dermatologue : comment l'intégrer à une routine de soin sans danger
Le foie métabolise l’éthanol via l’alcool déshydrogénase, puis l’aldéhyde déshydrogénase. À 45 % vol., chaque excès de dosage fait grimper la charge hépatique de façon non linéaire. La stéatose hépatique peut s’installer sans symptôme apparent bien avant qu’un consommateur ne se considère comme un buveur excessif.
La réglisse, elle, n’intervient pas dans ce circuit métabolique. Son action passe par un tout autre mécanisme, ce qui signifie que les deux risques se cumulent sans se compenser.
A lire en complément : Douleur à l'aine gauche : examens médicaux à prévoir en 2026

Glycyrrhizine et hypertension artérielle : un mécanisme indépendant de l’éthanol
La glycyrrhizine inhibe l’enzyme 11-bêta-hydroxystéroïde déshydrogénase de type 2. Cette inhibition empêche la conversion du cortisol en cortisone au niveau rénal, ce qui provoque une activation excessive des récepteurs aux minéralocorticoïdes. Le résultat : rétention sodée, fuite potassique, élévation de la pression artérielle.
Ce mécanisme est dose-dépendant et cumulatif. Il ne se limite pas au Ricard : bonbons, tisanes, compléments alimentaires contenant de la réglisse participent à la charge totale en glycyrrhizine. L’Anses a signalé plusieurs cas d’intoxications graves nécessitant des soins d’urgence, principalement liés à des consommations cumulées de plusieurs produits contenant de la réglisse.
Pourquoi le Ricard seul dépasse rarement le seuil toxique en glycyrrhizine
La concentration en glycyrrhizine dans les boissons anisées alcoolisées reste encadrée par la réglementation européenne. Un ou deux verres de pastis par jour n’atteignent généralement pas les seuils associés aux cas cliniques graves rapportés par les centres antipoison.
Les cas sévères d’hypokaliémie et d’hypertension documentés par l’Anses impliquent le plus souvent des personnes qui cumulent : pastis, confiseries à la réglisse, compléments alimentaires, voire tabac aromatisé. Le risque réel de la glycyrrhizine vient de l’exposition multisource, pas d’un seul verre de Ricard.
Alcool et réglisse : interactions chez les profils à risque
Chez un sujet sain sans traitement, la composante réglisse du Ricard reste secondaire par rapport à la toxicité de l’éthanol. La hiérarchie s’inverse pour certains profils.
- Les patients sous diurétiques hypokaliémiants voient leur kaliémie chuter davantage quand la glycyrrhizine s’ajoute à l’effet du médicament, avec un risque de troubles du rythme cardiaque
- Les personnes déjà hypertendues subissent un double effet presseur : l’alcool élève transitoirement la pression artérielle, la glycyrrhizine l’élève de façon prolongée par rétention sodée
- Les consommateurs de compléments alimentaires contenant de la réglisse sous-estiment leur exposition totale, car l’étiquetage ne mentionne pas toujours la teneur exacte en glycyrrhizine
Pour ces profils, la combinaison alcool-réglisse du Ricard pose un problème que ni l’un ni l’autre ne poserait isolément à dose équivalente.
Santé publique : pourquoi l’alcool éclipse la réglisse dans les données épidémiologiques
Les données de toxicovigilance françaises traitent la réglisse comme un problème ponctuel de surexposition alimentaire. Les centres antipoison enregistrent quelques cas graves par an, souvent liés à des habitudes de consommation atypiques (quantités massives de bonbons, cures de compléments).
L’alcool, à l’inverse, constitue un risque structurel. L’OMS l’associe à près de 200 maladies et traumatismes : cancers, cirrhoses, accidents, violences. L’éthanol du Ricard représente un danger sanitaire sans commune mesure avec sa teneur en réglisse.
Cette disproportion explique pourquoi les campagnes de prévention ciblent le volume d’alcool consommé, pas la glycyrrhizine des boissons anisées. Un consommateur régulier de Ricard qui s’inquiète de la réglisse mais ignore sa consommation d’éthanol se trompe de priorité.

Réduire le risque : dosage d’alcool ou suppression de la réglisse
La question pratique se pose souvent sous une forme trompeuse : faut-il passer à un pastis sans alcool pour éliminer le danger ? Les pastis sans alcool suppriment la toxicité hépatique de l’éthanol, mais conservent la glycyrrhizine. Ils ne sont donc pas anodins pour les profils sensibles à l’hypertension ou à l’hypokaliémie.
Nous recommandons de raisonner en deux temps :
- Réduire d’abord la fréquence et le volume d’alcool, qui reste le facteur de risque dominant pour la population générale
- Évaluer ensuite l’exposition totale à la glycyrrhizine (pastis, bonbons, tisanes, compléments alimentaires) chez les personnes sous traitement antihypertenseur ou diurétique
- Consulter un médecin en cas de consommation régulière de plusieurs produits contenant de la réglisse, même en l’absence de symptômes
Un Ricard bien dosé et occasionnel ne figure pas parmi les priorités de la toxicovigilance. Le danger commence avec la répétition des doses d’alcool, aggravé chez certains par une exposition cumulée à la glycyrrhizine que le consommateur ne soupçonne pas toujours.

